Comportement
Certaines espèces, comme la nord-est-américaine Colletes inaequalis, sont parmi les premières abeilles à émerger au printemps alors que d’autres, comme la ouest-européenne Collète du Lierre, sont actives à la fin de l’été et au début de l’automne.
Les mâles émergent systématiquement en premier et attendent l’émergence des femelles en stationnant depuis un perchoir, comme une tige d’herbe, sur lequel peuvent se rassembler jusqu’à une dizaine d’individus, pour les espèces grégaires. Une fois qu’une femelle émerge, les mâles attirés par ses phéromones la prennent en chasse pour tenter de s’accoupler le premier. En début de saison, lorsque les mâles sont les plus nombreux, une femelle peut se retrouver à terre au centre d’un agglutinement de mâles, formant ainsi une boule d’abeilles en plein accouplement. Chez la Collète des sablières, le mâle peut creuser le sol pour féconder une femelle avant sa sortie.
Comme de nombreux genres de la famille des Colletidae, la femelle Colletes une fois fécondée creuse seule dans le sable, le grès ou l’argile un terrier de nidification qui contient une unique cellule de couvain ou 4 à 20 cellules agencées symétriquement le long d’un couloir principal ou au contraire de façon hétérogène. Elle en tapisse l’intérieur d’un revêtement polymère protecteur contre l’humidité et les moisissures. Cette substance fongicide et bactéricide est un laminester, une forme de polyester sécrétée sous forme liquide par la glande de Dufour, située à l’arrière de l’abdomen. Sa polymérisation et sa solidification sont probablement provoquées par les glandes salivaires. Certaines Collètes des Andes sud-américaines, comme Colletes rubicola construisent des séries de cellules dans des tiges mortes et piquantes.
La femelle approvisionne chaque cellule avec du pain d’abeille qui a la particularité d’être liquide du fait de la forte proportion de nectar par rapport au pollen, l’imperméabilité de la cellule évitant les fuites. L’approvisionnement effectué, la femelle pond un œuf dans la cellule en le pendant au sommet puis la scelle définitivement. Protégée des prédateurs, de la submersion et du pourrissement, la larve s’y nourrit en s’enroulant sur le côté à la surface du liquide. Une seule génération d’abeilles est généralement produite chaque année, les adultes mourant leur rôle accompli.
Bien que les femelles ne partagent pas leurs taches entre elles, quelques espèces grégaires forment de grandes bourgades particulièrement populeuses de plusieurs centaines, voire milliers d’individus.
Les Collètes sont souvent synchronisées à une ressource floricole spécifique : la Collète commune butine uniquement la Callune et les Bruyères ; la Collète des prés salés est inféodée à l’Aster maritime ; Colletes hylaeiformis est un visiteur fidèle des fleurs du Panicaut champêtre ; Colletes nasutus visite uniquement la Buglosse officinale. Tout de même, certaines espèces sont polylectiques comme Colletes fodiens qui est visible sur le Séneçon de Jacob, l’Achillée millefeuille et la Tanaisie.
Le genre Epeolus, de la sous-famille des Nomadinae, rassemble des espèces cleptoparasites dont le développement est synchronisé avec les Collètes. La femelle pond son œuf entre les deux couches du revêtement polymère, l’extrémité antérieure étant exposée. La larve se développe ensuite en se nourrissant rapidement du pain d’abeille mis en place par la Collète. De même, plusieurs familles de coléoptères, notamment les Meloidae comme le Meloe violaceus et Stenoria analis, cleptoparasitent le couvain des Collètes en se déplaçant jusqu’au nid en s’accrochant au corps des femelles sous la forme larvaire de triongulins.